Xavier Rugiens (6 sonnets)



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Mon recueil "Approche de l'Obscur" est en vente ici !




Cornes d’Or
Rince cochon
L’
Bollox
Regrets éternels
Sarajevo '92



















  










             Cornes d’Or



Les couleurs trépassées d'une carte postale
Posent leur chromatique. Oh! la vieille infamie!
Le passé se délite et mon amour s'empâle.
Je galère à cause qu'elle n'a rien compris.

Ecrire un poème, la maudire est si bon.
Souvenirs de Stamboul. Je t'aime. Bon baisers.
Cher Sisyphe, je ne roule pas un rocher
Mais la bille de mon stylo. L'amour-bidon,

L'amour-pipeau, adieu. Adieu, l'amour qui boîte.
Je m'éveille potron-minet, quand se déboîtent
Les langues des muezzins, du haut des minarets.

Ville engrossée des temps, où je vais seul, je pleure.
Demain, le kourban. Les moutons à égorger
Sont là, bêlant aussi, qui attendent leur heure



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            Rince cochon



En ces temps-là, nous nous avalions des étoiles
Qui nous infusaient leur fort délire en dedans.
D'alcools durs à la glotte, nous nous torchions méchant
Sur les secrets du Rien nous soulevions le voile

Nous reluquions des pelloches bien râpées.
Un néant d'irréel bavait sur nos névroses
Sur de forts rock'n'rolls ou des slos à la  rose
Nous vire voltions, les squelettes mal branlés

Ces nuits-là, nous n'étions même plus des rires,
Rien que des cages thoraciques sous parano.
Une extase fantasque taraudait nos sanglots.

Nous ergotions à tête éclatée dans les spires
De saisons décalées, et d’amours douloureuses
En ces temps-là, nous tétions des muses douteuses:




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                           L’



D'ange, à qui brades-tu tes langueurs? En quels com
Ptoirs monnayes-tu tes baisers d'aimable si
Mienne? Qui, dans la rue, caramboles ton ci
Boire à bonheur? De qui essores-tu les con

Cupiscences? Laisses-tu cette nuit la lu
Ne têter l'indolent roulis de ta gorge hou
Leuse? Je pense à toi, t'es qu’une foutue tu
Meur, une embolie de très gros caillots de sou

Venirs, dans mes veines oxydées... Ah! l'enflu
Re des jours heureux. Le pur don de ton corps gig
Ote sans doute pour d'autres. Ma muse pu

Blique, voleuse des nuits blanches, je te zig
Ouillerai, mais quoi, avant de clamser, me di
Ras-tu ce mot de passe, en fin mot de la vie?





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                       Bollox



Un parfum l'amourache en ces nuits d'équinoxe.
Mais nul opopanax sur l'oceano nox,
Pour annihiler la télesthésie qui coxe
D'élégies antiques, le poète aux bollox.

Ceux-ci sont cependant plus blindés que Fort Knox.
Il y thésaurise tous amours orthodoxes,
De ses halluas au triste goût de viandox.
Mais par ce parfum, porte beau son paradoxe !

A qui est ce musc que frôlent, au fil de fox
Trots sans fin, ses naseaux? Est-ce elle, ce flitox?
La lunatique flaire, en rut d'hétérodoxe,

Il mate, et s'envoie un film classé X au box
Office. Elle le hante à la fin et le boxe
D'odor di femina, quelle parfaite intox!




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                    Regrets éternels



Sous les ombres roses que l'aurore grignote
D'un oxyde triste, la nuit blanche s'enfuit.
La radio cause de riens, le café sanglote
Et mes regrets font des miettes au creux du lit.

A la fracture de la nuit, l'esprit bargeote.
Espoirs sans suite. J'ai passé l'aspirateur
Sur nos disputes et nos cheveux en pelote,
Un tickson de ciné, un vieux pinçon au coeur.

Rêves en débine, j'ai descendu la poubelle.
Soudain ma rancune s'envole à tire d'aile.
Sur un éclat de jour, ton sourire remue

Comme l'hologramme des illusions anciennes.
Trop tard, toujours, seule la peau des choses mue.
Ah la la! mon amour, que la vie nous est chienne!




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                    Sarajevo '92



Je veux chanter le ciel d'un maigre hiver,
Le soleil poreux où le dégoût coagule,
L'écorchure des rues, les toits à coeur ouvert,
Les odeurs de foutre que la frousse acidule.

Plus un rat à croquer, glabre et noir macadam.
Là-haut, les snaïpeurs n'ont jamais le parkinson.
Courir entre un obus et le tram qui crame,
En brouillards gris et blancs. Haine et peur mixionnent!

Bruits de bottes, souffle du vent par-dessus les tombes,
Moisissures de paix au fond du trou des bombes,
Amants charogneux qui moururent enlacés,

Qui firent juste un beau scoup télé pour myopes,
Vies d'ados éventrés, d'enfants décapités,
Vous, mon sang de l'âme, j'ai honte de l'Europe.






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